15. Le cerveau de l'enfant
Qu'est ce qu'un enfant ?
- un être qui éprouve des émotions sans pouvoir les gérer
- une personne qui a un cerveau immature contrairement à celui de l'adulte
- une être qui passe par différentes périodes de développement
- une personne qui vit au présent
- une personne qui a besoin d'explorer, de découvrir son environnement pour le comprendre
- un être qui a besoin de la bienveillance de l'adulte pour l'accompagner (besoin d'être aimé, besoin d'être écouté, besoin d'être pris en considération, besoin d'être valorisé...)
Le cerveau de l'enfant
Le cerveau d’un être humain ce compose de trois parties :
Le cerveau limbique (siège des émotions) et le cerveau reptilien (réflexes primitifs) et le cerveau néocortex (cerveau qui assure les fonctions cognitives).
Chez l’enfant de moins de 4 ans, seulement deux parties du cerveau sont fonctionnelles : le cerveau limbique qui permet à l’enfant de ressentir des émotions (joie, tristesse, colère…) et le cerveau reptilien qui déclenche des comportements de survie les plus primitifs, soit fuir ou attaquer (mordre, griffer, pousser…).
Le cerveau néocortex, lui, n’est pas encore mature. Il ne fonctionne pas encore. Ce cerveau est celui qui aide l’enfant à réfléchir, à tempérer ses émotions. Il commence seulement sa maturation vers 5/6 ans.
Le cerveau des enfants que vous accueillez est donc immature.
L’enfant n’est donc pas un adulte en miniature. C’est une personne qui est en construction et qui a besoin que l’adulte le considère comme tel. L’enfant a besoin que l’adulte soit tolérant face à certains comportements qui ne sont jamais contrôlés, dans l’empathie (se mettre à la place de l’enfant) pour comprendre ce qu’il peut ressentir à tel moment et adapté sa manière de parler ou ses actions, soit bienveillant (qui veille au bien-être) par l’écoute et l’accompagnement valorisant.
Donc avant 5/6 ans, l’enfant n'a pas la capacité à :
GERER SES EMOTIONS : Les sentiments qui traversent les enfants sont réels : frustration, stress, mal -être, colère, tristesse…
- Bien que vous lui demandiez de se calmer, il continue de crier, et se roule même par terre ! Ce n’est pas qu’il ne veut pas se raisonner, c’est qu’il ne le peut pas. Son cerveau ne le lui permet pas. Il subit de plein fouet les émotions qui le submergent sans pouvoir les maîtriser. Et il en est le premier surpris et affolé ! L’enfant est lui-même dépassé par ses émotions.
Exemple : vouloir une part de gâteau mais il n’y en a plus.
Comportement d’un adulte : déçu de ne pas avoir la part de gâteau au chocolat qu’il avait tant convoitée pour son dessert, mais il pourra prendre du recul sur la situation en se disant que ce n’est pas si grave, qu’il en achètera une autre. L’adulte passe à autre chose.
Comportement d’un enfant : Le tout-petit, lui, en est incapable. Dans l’attente du dessert convoité, son cerveau a fabriqué de la dopamine (molécules du plaisir). Lorsque pour une raison ou pour une autre vous lui refusez cette part de gâteau, ce taux de molécule chute brutalement, les centres de la douleur s’activent dans son cerveau. Douleurs qu’il ne peut gérer seul pour l’instant et qui se déclenchera sous la forme de cris, roulade au sol…
- Ces réactions intenses peuvent, aux yeux de l’adulte, paraitre démesurée, exagérée. Ce qui paraît un détail insignifiant pour l’adulte peut relever pour lui de la plus haute importance. Mais ce ne sont pas des caprices. Elles ne sont ni volontaires, ni calculées. Il ne peut tout simplement pas se comporter autrement. Il est incapable de les maîtriser et de se contrôler. Il n’a pas de connexions neuronales comme nous adultes nous les avons.
- Ce qui permet à l’enfant de contrôler ses émotions est le cerveau néocortex. Mais celui-ci n’étant pas mature, l’émotion déclenche alors des réflexes primitifs : l’attaque ou la fuite. C’est pourquoi parfois suite à l’émotion, l’enfant a un comportement impulsif (tape, mord, se jette au sol, crie…). Les colères, l’agressivité est donc un manque de maturité normale du cerveau néocortex chez le jeune enfant. Parfois, nous pouvons dire que l’enfant se comporte comme un animal suite à ces réactions agressives : mordre par exemple. C’est tout simplement par ce que l’animal lui n’a pas de cerveau néocortex l’aidant donc à se contrôler. Il a seulement le cerveau limbique qui lui permet de vivre des émotions et le cerveau reptilien qui est le centre de ses réflexes : attaque ou fuite.
- Les émotions des enfants sont donc toutes à prendre en considération car sont un appel à l’aide : « au secours, aide-moi, je suis mal, je ne comprends pas ce qui se passe en moi, je suis dépassé ». L’enfant a donc besoin de l’adulte pour l’aider à reconnaître son émotion pour la comprendre et ensuite la gérer. Pour cela l’adulte doit reformuler en mot son émotion « tu as mal », « tu es en colère ». Ainsi l’enfant se sent écouté, soutenue et se calmera beaucoup plus facilement et rapidement.
L’adulte doit être dans l’empathie.
MANIPULER AUTRUI : manipuler c’est agir sur quelqu’un par un acte de façon à l’amener à se conduire comme nous voudrions. Impossible pour un enfant de moins de 3 ans de manipuler un adulte ou un autre enfant. Pourquoi ?
- « Agir sur quelqu’un par un acte » : cela voudrait dire que l’enfant doit trouver le bon comportement donc simuler un comportement pour que l’adulte agisse comme l’enfant le souhaite. Cela revient à dire que l’enfant doit réfléchir pour trouver une stratégie pour changer le comportement d’une personne. Rappelons que le néocortex de l’enfant est immature avant 5/6 ans. Cerveau nécessaire à la réflexion, à la logique, au raisonnement. Donc l’enfant n’est pas capable de manipuler.
Exemple : Un adulte à un bébé dans les bras. Le bébé est calme. L'adulte le pose sur son tapis d'éveil et bébé pleure. L'adulte lui dit : "C'est un comédien, il arrête de pleurer lorsque je le prend dans les bras !"
Dans cet exemple, l'enfant exprime seulement un manque de contact, de mouvement ou de vie.
Si l’enfant manipule, dans cet exemple, cela voudrait dire que le bébé simule des pleurs, fait exprès de pleurer pour que l’adulte le prenne dans les bras ?
- L’enfant ne joue pas avec ses émotions. Il ne fait pas exprès d’avoir une émotion pour que l’adulte agisse autrement ; Il n’a pas la capacité de le faire. Ses pleurs, ses colères sont tout simplement l’expression d’un besoin insatisfait. Derrière chaque comportement, ce cache un BESOIN INSATISFAIT. A l’adulte d’essayer de comprendre son besoin et d’y répondre. C’est ce qui s’appelle ACCOMPAGNER.
Dans cet exemple, le besoin insatisfait est peut-être qu’il a besoin de contact humain, ou de se mouvoir …
Exemple 1 : L'enfant commence à toucher un vase. L'adulte lui dit "ne touche pas !" mais l'enfant le regarde et continue de toucher le vase. L'adulte interprète alors que l'enfant le défie car il le regarde tout en continuant.
Exemple 2 : Un enfant sourit lorsqu'elle se fait réprimander par son parent. Le parents pense alors que l'enfant se moque de lui.
- Ce n’est pas l’enfant qui impulse véritablement ce rapport de force mais plutôt l’adulte. Ce que vous prenez à tort pour de la provocation, de la mauvaise volonté ou de l’insolence n’est autre que la manifestation d’un besoin non assouvi à un temps T.
Notre adulto-morphisme (à savoir notre tendance à interpréter les comportements des jeunes enfants sur la base de nos propres comportements d’adultes) vous met une véritable pression sur les épaules car vous pensez qu’il ne vous respect pas. Vous pensez « Ce n’est quand même pas un enfant de 2 ans qui va faire la loi et tenir tête à un adulte de 40 ans ! », ainsi, vous déclenchez un rapport de force adulte / enfant.
Dans l'exemple 1 : l'enfant découvre son environnement et a besoin d'être accompagné physiquement par l'adulte pour comprendre.
Dans l'exemple 2 : L'enfant a peur, se sent gêné. Il a besoin de se rassurer.
- Lorsque l’enfant s’oppose à nos règles, facilement compréhensibles pour lui, ce n’est pas qu’il nous provoque mais qu’il est dans une période d’opposition. Elle se déclenche (à titre indicatifs car chacun son rythme) entre 18 mois et 3 ans. Cette période du « non », de la contradiction lorsque l’adulte dit quelque chose, est une manière pour l’enfant d’acquérir en autonomie. Il ne cherche pas à s’opposer mais à SE DIFFERENCIER de l’adulte. C’est-à-dire que l’enfant jouit d’une nouvelle autonomie grâce à son accès au langage et à ses capacités psychologiques et motrices. Il s’affirme, il veut faire tout seul, il veut choisir …
- Comment réagir ? Rappelez-vous que le rapport de force est souvent institué par l’adulte qui perd patience face à la réaction déconcertante de l’enfant. Rappelez-vous qu’il ne fait pas exprès. Raisonnez-vous. Plus vous serez énervée plus vous cultiver la frustration de votre petit interlocuteur. En maîtrisant vos propres émotions et en recevant avec bienveillance celles de l’enfant, vous lui apprenez, petit à petit, à mieux contrôler ses émotions.
- Parfois, vous avez l’impression que l’enfant ne vous écoute pas, qu’ils vous désobéissent ou encore qu’il vous provoque. Vous lui dites « non » et pourtant il continue ce qu’il est en train de faire. POURQUOI ?
Lorsque l’enfant a envie de quelque chose, il ne peut pas s’empêcher de réaliser son envie. L’enfant de moins de 4 ans environ ont dans leur cerveau des zones d’impulsions (avoir envie de …) et d’inhibition (ne pas le faire) qui ne sont pas encore bien connectées.
Exemple : sauter dans les flaques d’eau : Une fois qu’ils se sont mis en tête de sauter dans cette flaque, une fois que leur cerveau a construit cette image mentale, il leur est extrêmement difficile voire impossible de s’en empêcher.
- N’oubliez pas, l’enfant est en pleine découverte ! sa seule intention n’est pas de provoquer ou désobéir mais DECOUVRIR. Il agit par plaisir, par envie. Vous adulte avez déjà découvert ce que l’enfant découvre. Il ne pense pas aux conséquences de ses actions au moment où il les réalise.
Vos pensées sont donc différentes :
L’enfant ne pense qu’à découvrir ce qu’il ne connait pas ou ce qui l’amuse. L’enfant vit l’instant présent.
L’adulte, lui, pense que l’enfant va être mouillé, qu’il risque d’attraper froid ou encore que cela va demander du travail supplémentaire pour le changer. L’adulte se projette.
Les conflits viennent souvent de l’adulte qui ne comprend pas que l’enfant fonctionnement si différemment de lui.
FAIRE DES CAPRICES : En fait, un caprice c’est quoi ? Sont communément appelés « caprices » les manifestations dérangeantes de l’enfant que les adultes ne comprennent pas.
Exemple : L'enfant est très absorbé dans une activité et le parent lui demande de s'interrompre immédiatement pour faire autre chose. Par exemple, quitter le square pour rentrer à la maison, alors qu'il s'amuse sur le toboggan, ou passer à table alors qu'il est absorbé par son circuit de train. Dans ces situations, en tant qu'adulte, on pense à tout ce que l'on a à faire et on s'impatiente vite. L'enfant, lui, est occupé, prend du plaisir, et n'a pas du tout envie de passer à autre chose quoi qu'en dise l'adulte ! Si le parent "force", alors il sera frustré et en colère.
- C’est normal, ce n’est pas un caprice. Son cerveau ne lui permet pas de se projeter comme nous le faisons. Notre cerveau a les capacités pour se projeter dans le passé ou dans le futur.
L’enfant, lui, est dans le moment présent. En abandonnant son jeu, il ne pense qu’au plaisir qu’il va perdre à interrompre son activité du moment.
- L’adulte à tendance à interpréter les comportements des enfants et poser des adjectifs péjoratifs sur l’enfant (jaloux, têtu, provocateur…) comme s’il s’agissait d’adultes miniatures. Ainsi, il ne cherche pas à comprendre les raisons de son comportement. Alors que derrière chaque comportement se cache un besoin.
Exemple : Lorsqu’un adulte a soudainement une réaction disproportionnée, ses proches vont dire qu’il a eu une mauvaise journée, qu’il est tendu en ce moment parce qu’au travail ce n’est pas facile, qu’il a besoin de se reposer ou de prendre du temps pour lui. Lorsqu’ un enfant a une réaction disproportionnée, c’est un « caprice ».
Exemple :
Un enfant qui pleure beaucoup, l'adulte pose une étiquette de Râleur. Alors qu'en réalité, il a peut être mal dormit.
Un enfant vient d'être grand frère, il demande les bras de sa mère comme son petit frère. L'adulte va dire qu'il est jaloux. En réalité il éprouve le besoin d'être rassuré.
- L’adulte doit faire preuve d’empathie pour comprendre ce dont il exprime, ce dont il a besoin.
ETRE MECHANT : L’enfant est qualifié de gentil ou de méchant par l’adulte en fonction de son comportement ou de son acte. C’est une vision purement d’adulte.
- L’enfant n’est pas un petit adulte, il est un être en construction qui ne connait ni le mal, ni le bien. Il est naturellement bon. Il a besoin d’être aimé pour vivre, de recevoir de l’affection pour son bien-être. C’est vital. Alors pourquoi l’enfant rechercherai-t-il qu’une personne soit contre lui ?
- Il y a toujours une raison à un comportement ou un acte, parce que l’enfant ne fait pas exprès, ne joue pas avec les émotions des autres, ne peux pas prédire ce qu’il va dire ou faire ou encore jouer avec ses émotions.
- La difficulté est de comprendre l’enfant qui est si différent de nous. Mais c’est de notre rôle de le comprendre, de l’accompagner.
NE PEUT PAS REFLECHIR A UN ACTE QU’IL A FAIT :
- L’enfant n’a pas la capacité à prendre du recul pour analyser la situation. De plus, l’enfant ne pense pas aux conséquences de ses actions au moment où il les réalise car n’a pas la capacité de se projeter.
- Il a alors besoin que l’adulte mette des mots sur la situation à la place de l’enfant pour l’aider à comprendre ce qui est interdit et ce qui est autoriser en société.
Si pas de punition ou d’isolement, comment agir ?
L’adulte doit adopter une attitude bienveillante c’est-à-dire se mettre à la hauteur de l’enfant.
Exemple : un enfant qui mord un autre enfant. L’adulte ne doit pas s’arrêter à « non ». Il doit verbaliser que « mordre fait mal. Il est interdit de mordre ».
L’adulte peut aussi orienter l’enfant vers quelque chose d’autoriser.
Exemple : Tu as envie de mordre, tu peux prendre un mordant.
L’adulte peut accompagner l’enfant à s’exprimer autrement.
Exemple : j’ai vu que Dan t’avais pris le jeu de la main et que tu n’étais pas d’accord. Tu as le droit de ne pas être d’accord mais tu peux lui dire « je ne suis pas d’accord », « donne-moi mon jeu » …
FAIRE DES « BETISES » : L’enfant est un être en construction. Il découvre ce qu’il voit pour comprendre le monde. Il explore. Il expérimente son corps dans l’espace.
- Mais parfois leurs explorations ne sont pas adaptées dans le lieu où il est ou dérange l’adulte. Alors ces découvertes sont décrites comme des « bêtises » aux yeux de l’adulte.
Exemple : un enfant de 15 mois en pleine découverte motrice monte sur un meuble en section. L’enfant ne fait pas de bêtise, il ne fait qu’expérimenter son corps dans l’espace. Mais cela dérange l’adulte qu’il monte sur un meuble, car ce n’est pas fait pour ça aux yeux de l’adulte. Alors pour lui, il fait une bêtise.
AVOIR DES CONDUTES SOCILAES IDENTIQUES A CELLES DE L'ADULTE SPONTANEMENT :
- Le cerveau néocortex gère aussi la moralité. Ainsi, ce cerveau étant immature, il est donc dans l’incapacité d’avoir des principes moraux et de manière spontanée.
Exemple : demander à un enfant de dire bonjour, merci, stp à chaque fois et attendre que cela vienne de lui spontanément.
COMPRENDRE LA NEGATION :
- Lorsque l’enfant a une image mentale dans la tête, il n’a pas la capacité à supprimer cette image de son cerveau. Ainsi, on lui disant « ne crie pas », on lui dit « crie ».
Exemple : dire « parle doucement ».
- Il faut aller droit au but : leur dire ce qu’il doit faire mais pas ce qu’il ne peut pas faire. Le cerveau de l’enfant retient les mots principaux.
Exemple : ne crie pas, l’enfant entend « crie »
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